Champ de blé et glyphosate Sciences & Environnement

Glyphosate : la remise en question

Si vous avez allumé votre télévision ou lu un quelconque journal ces derniers mois, vous avez sûrement dû entendre parler du glyphosate. Véritable controverse écologique et économique, la molécule pose bien des problèmes au gouvernement et aux agriculteurs.

Mais qu’est-ce que le glyphosate, et pourquoi cette discussion autour de ses effets ?

Le glyphosate : qu’est-ce que c’est ? 

Herbicide découvert dans les années 1950 par Henri Martin, il s’agit d’une molécule de synthèse utilisée en France et à l’étranger. C’est la molécule que l’on trouve dans des désherbants comme le Round’Up, par exemple. Très efficace et peu coûteux, le glyphosate est utilisé à hauteur de 9100 tonnes par an en France (données INRA). En agriculture, notamment, elle permet un avancement des dates de récoltes (blé, tournesol, colza…). Souple d’utilisation, on l’utilise aussi dans le désherbage des espaces urbains. A l’étranger, on lui trouve d’autres buts : alternative au fauchage pour les vergers, cultures de houblons, ou destruction des champs de coca en Colombie. 

Si, économiquement, le glyphosate est  plutôt bienfaisants, ses effets au niveau de la santé et de l’écologie, rien n’est moins sûr.

Les effets néfastes 

Une fois utilisé sur les plantations, le glyphosate se dégrade lentement dans les sols et les eaux des rivières et des nappes phréatiques. Or, dans le sol, on le suspecte de réagir avec certains nitrates pour produire une nouvelle molécule (N-nitroso-phosphonomethylglycine). C’est cette molécule qu’on suspecte d’être cancérogène. Son effet a, pour l’instant, été observé sur des rats de laboratoire uniquement. La toxicité du glyphosate est pourtant un débat qui dure depuis les années 80, déjà. Le 20 Mars 2015, le CIRC (centre international de recherche sur le cancer) décidé officiellement de considérer la molécule comme « probablement cancérigène »: elle affecte et endommage l’ADN. L’OMS (organisation mondiale de la santé) nuance ces propos en ajoutant, en mai 2016, que la molécule n’est pas cancérogène par voie alimentaire. Ces études restent cependant controversées.

Au delà, la pollution des eaux et de l’air par le glyphosate est un sujet sur lequel le gouvernement s’attarde : une réglementation est d’ores et déjà en place quand au pourcentage de glyphosate autorisé dans l’eau. 

Pour la qualité de l’air, c’est un peu plus flou. En 2018, la région Grand Est (Alsace, Lorraine, Champagne-Ardennes) dosera la quantité de glyphosate dans son air. Affaire à suivre…

2021 : une vie sans glyphosate ? 

En Europe, le renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché à fait débat très longtemps. Les pays et les représentants n’arrivaient pas à un consensus. Il fallait bien faire un choix, et, le 12 décembre 2017, la Commission Européenne décide de prolonger la mise en vente du pesticide pour cinq ans.

En France, c’est une autre histoire. D’ici 2021, le glyphosate devrait être interdit en France. Le gouvernement souhaite recevoir, dans les trois ans à venir, des idées d’alternatives meilleures pour la santé et l’environnement. L’INRA a déjà rendu son rapport. Cependant, au delà de ces bienfaits écologiques, cette idée pose un véritable problème économique : pourrons-nous survivre à la compétition des autres pays de l’Europe si nous n’utilisons plus ce pesticide ? 

Si ces quatre années peuvent paraître longues, elle ne sont qu’un clignement des yeux pour les agriculteurs. Trouver un remplaçant au glyphosate prendra sûrement déjà plusieurs mois. Il faudra ensuite le temps de s’adapter à ces nouvelles méthodes de culture. Si, effectivement, l’utilisation de glyphosate est interdite en 2021, la transition s’annonce très difficile pour les agriculteurs. Dans tous les cas, il nous faudra sûrement ré-apprendre à vivre sans glyphosate, pour le meilleur et pour le pire.

Sources : INRA  et FAO

 

2 réflexions au sujet de « Glyphosate : la remise en question »

    1. Bonjour Céline !
      Le glyphosate a effectivement déjà été interdit dans certains pays, bien qu’on en régule plus souvent l’utilisation qu’on ne l’interdise vraiment. Il existe des alternatives naturelles (labour, par exemple) et des alternatives chimiques (comme l’utilisation d’autres herbicides puissants, qui, eux, ne sont pas considérés comme cancérigènes).
      Au Sri Lanka et à Malte, où le glyphosate est interdit, on remarque que c’est surtout l’alternative chimique qui est utilisée. En France, cependant, on cherche à mettre au point un herbicide plus naturel, et donc plus respectueux de l’environnement, avant l’interdiction totale du glyphosate.

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